UNE FENÊTRE SUR LA RUE

portrait sonore du Local des femmes

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Note d'intention Documentaire sonore

Le point de départ de ce projet est un lieu : le Local des femmes à Grenoble, porté par l'association Femmes SDF. En 2015, il a fêté ses dix ans d'existence.

A l'occasion de cet anniversaire, avec le soutien et l'accompagnement attentif de l'équipe salariée, nous sommes allées à la rencontre de ce lieu, et des femmes qui y sont accueillies.

Pendant une année, nous les avons enregistrées afin de comprendre comment les femmes s'approprient le Local et ce qu'il représente pour elles. Nous avons découvert le quotidien de ce lieu de vie si particulier, entre-deux entre la rue et les dispositifs d'insertion.

Un lieu avec une âme, une histoire, des règles, de l'espoir...

Un abri, une oasis, un repère, une étape, une pause, un "dedans" protégé et chaleureux dans l'univers incertain et difficile de la rue.

A partir de ce lieu, notre désir était de donner la parole à ces femmes, SDF, en galère, en errance, en grande précarité, à la rue. Dans l'intimité du Local, nous avons rencontré leur quotidien mais aussi un peu de leurs histoires et de leurs parcours singuliers.

Ces rencontres nous ont parfois bouleversées. Comment en parler ? Pour cela, nous avons souhaité faire entendre une autre voix, métaphorique et poétique, parfois douce, parfois abrupte, qui questionne une femme, peut-être toutes les femmes...Ce dialogue imaginaire, "La clocharde de mes rêves", a été écrit à notre demande par Sophie Le Garroy. Nous l'avons très librement adapté, et nous remercions l'auteure de nous en avoir donné la possibilité.

Souvent invisibles pour se protéger ou soustraire au monde, les femmes que nous avons rencontrées prennent corps par leurs voix et leurs témoignages sont précieux.

Nous avons voulu les mettre en lumière, montrer leur force, leurs contradictions, leur profonde humanité, leur redonner la dignité qu'elles ont parfois perdue.

Et nous les remercions, ainsi que toute l'équipe du Local des femmes, de nous avoir fait confiance.

Marie Neichel et Delphine Prat, Septembre 2015

Notes d'intention Photographies

Prendre la route pour fuir les violences ou gagner la liberté, les femmes sans domicile souvent finissent par s’échouer quelque part, et leur errance devient immobile.

Le corps meurtri est sans consolation, et pourtant elles sont debout, s’enlacent et se racontent ; elles ont trouvé dans le local de Grenoble un refuge, un repos possible et renouvelé, une famille.

Le Local des femmes de Grenoble a eu 10 ans en 2015. C’est une maison ouverte exclusivement aux femmes, en journée.

Pour quelques heures, une maison, habiter quelque part, être dedans, avant de retourner dans la nuit.

Une maison de quelques mètres carrés, un choeur de voix, des femmes en lutte, nos mères invisibles, nos soeurs indicibles.

Parce qu’elle porte en elle ce stigmate vaguement misérabiliste qui lui est culturellement attaché, la photographie sociale souvent incarcère sans le vouloir les hommes et les femmes sans domicile fixe, dans un monde clos où, bien à l’abri, tout le monde les attend. Pourtant, à chaque rencontre, il me devenait évident que la frontière est ténue entre la rue et l’intérieur, entre elles et moi ; une coïncidence, une marche trébuchée, un instant de colère, un désir momentané de se soustraire aux autres, et les voici de l’autre coté du monde, si près, si loin, à peine l’épaisseur d’une vitre.

Ouvrir une fenêtre, chercher un point de vue de l’intérieur.

Un intérieur, une intimité, une dignité, une humanité.

L’intérieur, cet endroit où se répètent les gestes communs qui nous font hommes et femmes : se laver, se nourrir, se reposer, s’aimer.

A l’intérieur, attendre des jours meilleurs, contempler avec fatalité son destin solitaire, chercher sa place, entrer fièrement sur la scène avec tous les autres.

« Dans les profondeurs de l’hiver, j’ai finalement appris qu’il y avait en moi un invincible été.»

Albert Camus

Nadine Barbançon, Septembre 2015