UNE FENÊTRE SUR LA RUE

portrait sonore du Local des femmes

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" La clocharde de mes rêves "

Texte de Sophie Le Garroy écrit à l'occasion de la réalisation du documentaire sonore "Une fenêtre sur la rue", librement adapté - Août 2013

" Le soleil frappe le grand jardin qui entoure la maison où j’habite. J’imagine que tu as pu te laver dans un point d’eau et que tu te caches à l’ombre pour que ta peau conserve la fraîcheur du bain.

Je pense à toi. En attendant de te rencontrer, je t’écris. Tu deviens mon amie imaginaire.

Dans mes rêves, je cherche où habiter. Souvent je retourne en Belgique. Je me souviens que la vie est moins chère là-bas.

Je marche à la lisière d’une forêt très sombre. Je lui tourne le dos pour regarder la plaine aux prairies fleuries et aux cieux lumineux.

Connais-tu les Ardennes ? Je pourrais te faire voir les allées de sapins qui s’étendent à l’infini. Ce sont des labyrinthes où il ne faut pas se perdre.

Impossible de dormir dans ces rues sans mourir de peur, à moins d’être une sorcière.

Comment écrire ce qu’il y a de beau, de bon, et de joyeux en moi pour t’égayer ?

Je n’ai pas peur de te confier mes secrets.

Nous sommes liées.

Je t’imagine résignée mais digne comme une danseuse de flamenco.

J’envie les hommes parce qu’ils sont des voyageurs. S’ils partent sur les routes, c’est parce qu’ils sont libres. Quand mes sœurs restent sur le chemin, elles échouent et s’immobilisent.

Je t’appelle la clocharde de mes rêves. Tu es mon double. Tu me terrifies.

Où sont ceux qui t’aiment ? Tu es en danger.

Ce soir je bois du champagne seule. Je lève mon verre à toi. Si je te trouve, accepteras-tu de trinquer avec moi ? Nous pourrons faire comme des reines. Dresser une nappe sur un banc. Convier un orchestre et danser la valse.

Sais-tu comme la main d’un homme réchauffe lorsqu’elle est posée sur la courbe de ta taille ? Connais-tu les bals ?

Est-ce que les hommes qui partagent la rue avec toi sont aussi des hommes aimants ?

Je ne t’imagine pas assise à même les trottoirs. Toi, tu ne t’exposes pas, tu es comme moi, tu fais semblant d’être comme tout le monde. Tu trottines.

Est-ce que c’est par amour que tu as tout perdu ?

La clocharde dont je rêve est une amazone. Elle se prépare au combat. Elle s’appauvrit pour se mêler à ses soeurs d’infortune et former une armée contre l’injustice. c’est Don Quichotte. "